Philippe Riehling, designer de 24 ans place l'eco responsabilité au centre de ces conceptions. Designer 'Eco-logique', il nous fait découvrir au fil de cette interview, la représentation d'un monde meilleur par des solutions évidentes et des orientations responsables. Un régal d'idéal à partager pour le portrait de juillet.

En 2005, suite à l'obtention d'un Brevet de Technicien Supérieur en design produit, Philippe rejoint l'Ecole Supérieure d’Art et de Design de Reims. Il collabore en 2006 avec le studio Strasbourgeois Fred Rieffel dans le cadre d'une Initiative Locale en éco design avec le lycée Jacques Duhamel de Dole. Au cours de ces deux première années d'activité en solo, il verra ses créations exposées dans des salons prestigieux tels que le salon du Meuble de Paris, Maison & Objet ainsi qu'au salon du Meuble de Milan.
L'interview :
Ob :
Quelles sont les principales orientations 'eco-responsables' d'un Designer «Eco-logique»?Philippe Riehling : Mes principales orientations éco-responsables sont des préoccupations quant à :
- la nature des matières, issus de ressources renouvelables, recyclés ou recyclables.
- L’optimisation des matières pour réduire les déchets.
- La nature des assemblages afin de faciliter le démantèlement du produit en fin de vie….
- La réduction de la consommation énergétique, qui oriente le choix de la technique de mise en œuvre, mais aussi la nature des composants du produit pouvant réduire la consommation en utilisation.
- La logistique : la nature des transports, l’optimisation des volumes et la limitation du kilométrage pour réduire les émissions de gaz. La meilleure réponse restant la production dans un rayon limité, voir local.
- Les conditions sociales des personnes travaillant au service du projet pour tendre à une démarche de développement durable.
Pour s’inscrire dans une démarche de développement durable un projet doit prendre en compte à part égale les notions d’économie, d’écologie et de social.

bibliothèque San AndreasOb :
Comment définiriez-vous la plastique de vos œuvres ?P-R : Simple, intemporelle et logique ; découlant de l’optimisation de la matière et du respect des critères environnementaux.
Ob :
Quelles sont vos principales productions ?P-R : La chaise Néo Noé, La bibliothèque San Andréas, Le plateau du Journal Télévisé, Les produits Green Cube et le mobilier pour L’EDITO.
Ob :
La chaise Néo-Noé, labellisée par le VIA en 2007 serait en cours de commercialisation, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?P-R : La chaise Néo-Noé remporte un franc succès auprès du public et de la presse et j’en suis comblé. Parler de cette chaise me permet à chaque fois d’expliciter les points environnementaux qui sont à la base de sa conception. Aujourd’hui ce produit est davantage un manifeste qu’un véritable produit commercial.
Plusieurs éditeurs étaient intéressés par ce produit, mais je ne cédais pas seulement une esthétique, mais tout une chaîne d’approvisionnement et un process industriel limitant les impacts environnementaux. Cette chaise est le fruit d’une démarche globale, éditer ce produit uniquement pour son style n’a pas de sens.
Je ne jette la pierre à aucun éditeur, la loi du marché oblige à faire des choix, à délocaliser les productions, à importer du bois.

La chaise néo-noé est produite à partir d’un panneau de hêtre contreplaqué
issu d’une forêt PEFC bourguignonne.
Par conséquent Néo-Noé est aujourd’hui disponible à la commande auprès de Patrick Brézé. De cette manière je sais que l’ensemble des choix constituants ce produit sont respectés. Par contre elle n’est plus à la portée de toutes les bourses ce qui reste, pour moi, une déception.
Ob :
Quels sont vos référents (designers, productions,…) ?P-R : Je suis très réceptif à l’esprit des productions du Bauhaus, simples et rationalisées. La production de Jean Prouvé, la technique donne le caractère de ses produits…
Les produits de Stéphane Diez…
Les productions de l’agence O2…
Les stylos de Sylvain Rieu-Piquet présentés à la Villa Noailles…

WE ARE ALL MADE OF STARS // workshop : réinterprétation des techniques traditionnelles de taille et de gravure
réalisé au CIAV de Meisenthal sous la direction de James Irvine.Ob :
Avec qui souhaiteriez-vous collaborer, pour quelle enseigne ?P-R : Personne en particulier, tout le monde. C’est ce qui rend ce métier excitant. Ne jamais savoir à l’avance avec qui on travaillera, les compétences qu’il pourra développer, quelle sera son ambition, de quelle manière on se positionnera pour répondre au cahier des charges tout en le dépassant afin d’amener le projet plus loin.
Quoi de plus plaisant que de concevoir des vêtements le lundi, une chaise le mardi, un espace le vendredi ?
Quoi de plus enrichissant que d’être amener à travailler avec un graphiste, un architecte, ou encore un fabricant de chaises alsaciennes, un souffleur de verre, un fabricant de boutons !!!
Aucune routine, aucune lassitude, plutôt une manière de travailler à sans cesse réinterroger en fonction de l’interlocuteur.
Ob :
Quel est (ou serait) le matériau de vos rêve ?P-R : Le plus respectueux de l’environnement, le moins nocif pour l’homme et le moins cher…. Ça fait du bien de rêver, non ?
Ob :
Sous quel statut exercez-vous ?P-R : Je suis entrepreneur salarié.
Cela signifie que j’exerce mon activité dans une coopérative, une coopérative entièrement dédiée aux métiers artistiques et culturels : ARTENREEL.
Pour résumer, je suis salarié en CDI mais travaille comme un indépendant. Cette structure nous offre un accompagnement artistique et un suivi comptable et un statut identifié. Nous bénéficions de plus de formations en comptabilité, en gestion, en méthodologie et en législation.
Ob :
Pourriez-vous en quelques mots nous présenter l'initiative d'Artenreel ?Artenréel, 21 route du Neuhof 67100 Strasbourg artenreel.comP-R : Artenréel a été crée en 2004 à l’initiative de Stéphane Bossuet. Cette coopérative d’activité et d’emploi est entièrement dédiée aux métiers culturels et artistiques. Cette structure regroupe aujourd’hui environ 70 Entrepreneurs Salariés allant du comédien au graphiste, en passant par l’art thérapeute ou le musicien….
Cette initiative est née du constat des difficultés administratives et des statuts multiples auxquels sont confrontés ces métiers.
La base de cette structure est l’accompagnement :
- Un suivi artistique permet à chacun de comprendre sa manière de travailler et les fils rouge qui animent son processus de création, de développer la façon de parler de son travail…
- Un service comptable et juridique, s’occupant des facturations et des fiches de paie…
- Au sein de cette structure nous mutualisons des savoirs et des savoir-faire, des outils, des compétences. Nous mutualisons nos expériences ce qui peut enrichir les propositions de chacun.

Plateau FRANCE 3 Franche-Comté - Utilisation de bois bourguignon optimisé par la découpe,
isolation phonique de la table réalisée en liège,
tous les matériaux sont séparables et remplaçables.Ob :
Pourriez-vous nous donner des indicateurs sur votre activité au quotidien ?P-R : Le découpage de mes journées est très variable.
Je peux passer des jours complets à réfléchir et dessiner. D’autres à réaliser la phase technique, du plan aux contacts avec les industriels à la recherche d’information sur des matériaux et des mises en oeuvre. La part des rencontres et des contacts à nouer pour diffuser mon travail ou en faire parler est également importante.
Une chose est sûre je souhaiterai passer encore plus de temps à réfléchir et dessiner…
Ob :
Avez-vous des conseils à promulguer aux étudiants et jeunes créateurs/designers ?P-R : Etre à fond sur tout ce que l’on fait et être curieux, tremper ses pattes partout : musique, littérature, informations, politique, l’atelier de papa, les casseroles de maman, l’art contemporain… Mais aussi savoir se dégager des respirations. Ne pas construire sa vie seulement autour de ce métier passionnant, il y a un tellement de choses qui valent d’être vécues, touchées et vues. Cela permettra d’être pleinement designer sans atteindre une forme de saturation.

Bibliothèque OTHEK, édition Oliban
Structure en médium et placage de chêne teinté wengé ou naturel.Ob :
Quels sont vos objectifs à terme ?P-R : Continuer sur cette lancée positive, arriver à l’équilibre idéal entre mon métier et ma vie personnelle.
Ob :
Un petit mot sympa pour Obdesigner ?P-R : Pas une semaine sans un petit « clic » sur votre site en prenant mon café.
Pour consulter les concours, les nouveaux liens vers des sites de collègues designers, les news….
Ne changez rien.
Nous remercions Philippe Riehling pour le temps accordé dans le cadre de cette interview. Nous lui souhaitons également un grand succès professionnel et espérons que sa philosophie de conception saura en interpeler un plus grand nombre.
.::
Riehling.com::.