Étudiant en design industriel, Pierre Duthoit, 25 ans, nous accorde une interview sympa et pleine d'esprit pour notre portrait du mois d'août. Découvrez aujourd'hui le designer de demain, à travers des projets personnels chargés d'émotion et de pragmatisme.
Décrivez-vous en quelques motsJe suis brun, grand (1,86m), pas très gros, les yeux marron, une voix sans grande particularité, un peu bavard, très curieux (je me pose toujours un tas de questions), timide ou pas selon les circonstances…
J’aime cuisiner, voyager, les documentaires animaliers, doubler les voitures en vélo, les expressions à double sens comme « terre inconnue » ou « terrain connu », rencontrer des gens, être chez moi bien au chaud lorsqu’il pleut, et dessiner sur mon télécran.
Je n’aime pas faire la vaisselle, que mon stylo plume fuit sur mes doigts, monter un meuble IKEA, lire la carte d’un restaurant, remplir des documents administratifs où chaque lettre doit entrer dans une case.
 "E-Tomo" pour Easy Bike. Scooter électrique
Travail en collaboration avec Raphaël Vis et Adeline Coulon (2007) Nous avons conçu ce scooter comme un électroménager. En effet un aspirateur, par exemple, se suffit à lui-même pour être utilisé. Tout y est intégré : le câble électrique, le moteur, les accessoires (selon le modèle). Nous avons pensé ce scooter de la même manière. Le câble de rechargement est intégré, il y a un coffre pour le casque, de la place pour des bagages sous le siège etc…
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Quel est votre parcours, comment tout a débuté?Tout a commencé lorsque j’avais 5 ou 6 ans. Je ne comprenais pas pourquoi avec les ustensiles que j’avais (papier, pâte à modeler, feutres, etc.), je ne pouvais pas créer de vrais objets. Cette question m’a guidé vers des études scientifiques et techniques afin de comprendre la plupart des process de fabrication. J’ai ensuite compris que je ne voulais pas simplement fabriquer mais créer de nouveaux objets.
En 2004, je suis entré à l’
Institut Supérieur de design où j’ai rencontré des gens de tous horizons avec des visions différentes mais un but commun : le design industriel.
En 2006, j’ai eu la chance de faire un stage dans une des agences les plus prometteuse en Europe : "
GRO design" aux Pays Bas. J’y ai rencontré des gens très passionnés par leur métier, et pour qui le design se fait en équipe. J’y ai aussi eu la chance de travailler sur des produits très divers pour des marques comme Nokia, Unilever ou Microsoft.
Et nous voilà en 2008, chez Décathlon. Je voulais voir la différence entre l’agence de design et le bureau de conception intégré à une entreprise qui a une forte culture du design. J’y ai là aussi rencontré des gens formidablement passionnés par ce qu’il font. J’ai aussi découvert et appris à dialoguer avec les ingénieurs et le « chef produit » pour mener à bien un projet.
 "Déjà-vu" projet personnel. Chaise – 2008
J’ai voulu pour ce projet créer une émotion plus qu’un objet. Lorsque vous découvrez cette chaise, vous vous dites certainement que vous l’avez « déjà vue » mais qu’elle est un peu différente de cette chaise que vous connaissez… En travaillant sur des détails et dans le choix du matériau, j’ai donné à cette chaise une identité génétiquement modifiée…
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Quelles sont les dernières news?Le diplôme en Octobre Prochain. La suite de ma carrière sera certainement à l’étranger (en Irlande, Angleterre, Pays-Bas, voir outre-Atlantique).
J’ai aussi avec 2 de mes camarades de l’ISD (Emilie Gadel et Alexandre Wicquart) créé une cuisine sur la base des nouveaux comportements dans cette pièce. Elle sera exposée à la « Foire de Paris » en Avril/Mai 2009.
Vous représentez et revendiquez une approche pragmatique du design, quelle place accordez-vous à la connotation de l'objet, sa plastique?
Un produit est un trait d’union entre un utilisateur et un besoin. Ce besoin est une combinaison savante de « rationnel » et «d’émotionnel ».
Le rationnel touche l’aspect pragmatique du produit, sa fonction principale (se nourrir, communiquer, s’asseoir, se souvenir, etc.). L’aspect émotionnel et le fait que l’objet plaise ou non. Une relation doit s’installer entre le produit et l’utilisateur.
La plastique du produit tient une place très importante dans cette relation « produit/utilisateur ». C’est le premier contact, la première impression. Cette esthétique doit être en concordance avec les capacités du produit. Elle ne doit surtout pas mentir (un peu comme une Ferrari avec un moteur de Twingo). Elle doit raconter le produit, ses fonctions, la manière de l’utiliser. La plastique du produit crée aussi une identité propre à l’objet. Et c’est à cette identité que l’utilisateur adhèrera ou non.
Alain Bashung dit à propos de la chanson : « on vient pour la mélodie et on reste pour les paroles »
Dans le design c’est la même chose : « on vient pour l’esthétique et on reste pour l’expérience que nous procure le produit. »
 "Pure rubber" pour nXzen. Oreillette bluetooth pour téléphone portable (2007)
J’ai remarqué que beaucoup d’oreillettes ressemblaient à des téléphones portables miniaturisés et pseudo simplifiés. D’ailleurs lorsque l’on porte ces miniaturisations, on ressemble a un « cyborg ». J’ai donc créé une oreillette plus humaine, qui puisse être acceptée par le plus grand nombre. Elle est très simple visuellement avec son corps recouvert de caoutchouc ce qui protège l’appareil et la rend plus confortable à utiliser.
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Quels sont vos référents (designers, productions,…) ?
Mon entourage est ma première référence, mes expériences personnelles, mes observations. Chaque voyages même à quelques kilomètres de chez moi peut être une source d’inspiration et une référence potentielle pour un projet.
Pour ce qui est des designers, je suis simplement bluffé par le travail des frères Bouroullec. Leur recherche sur la perception de l’espace, comment le scinder, le diviser, le réduire. J’adore !
Je suis aussi fan du travail de « Naoto Fukazawa » et de « Jasper Morrison » pour leur simplicité formelle et conceptuelle. C’est très compliquer de faire simple !
Je trouve aussi le travail de Dieter Rams spectaculaire car totalement intemporel. Certain de ses produits pourraient sortir demain alors qu’ils ont plus de 20ans.
Dans un domaine plus artistique et plastique, j’aime beaucoup le travail de « Barbara Hepworth ».
 "FLAZ" pour De Dietrich. Plaque de cuisson au gaz (2007)
Pour Flaz, tout a commencé à partir d’un constat : il est impossible de bien régler les flammes du gaz avec les énormes boutons prévus à cet effet. D’ailleurs la plupart du temps, l’utilisateur se baisse pour voir l’état de la flamme cachée sous la casserole pendant qu’il actionne le bouton pour contrôler le tout. J’ai voulu pour ce projet, créer une interface claire. Les énormes boutons sont remplacés par des touches tactiles et une jauge lumineuse indique l’état des flammes. Les flammes sont partagées sur 2 rangés afin de mieux répartir la chaleur. J’ai aussi changé l’aspect de la plaque au gaz classique. Je l’ai mise sur un plan ce qui facilite le nettoyage et donne un look très contemporain, voire futuriste à ce produit.
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Pourriez-vous nous donner des indicateurs sur votre activité au quotidien ?Aucun de mes projets ne s’est fait en un jour. Ils sont tous la résultante d’un process créatif bien ficelé.
Un projet s’organise en plusieurs phases :
L’analyse est une recherche sur le monde avoisinant le produit, les interactions avec l’utilisateur, avec les autres produits. Recherche socioculturelle sur ce que signifie l’objet. Cette analyse sert à tirer une ou plusieurs problématiques sur lesquelles travailler pour la suite du projet afin d’améliorer le produit.
C’est aussi dans cette phase que je fais un état des lieux des tendances actuelles qui pourraient plus tard m’inspirer sur le projet.
La phase d’idéation : C’est la phase créative par excellence. Elle est sans limite au début pour recentrer petit à petit. Le but est d’obtenir un maximum d’idées les plus pertinentes possibles.
La phase de conception : Les résultats de l’idéation sont présentés aux clients afin qu’ensemble nous faisions le choix des concepts ou parties de concepts à pousser plus loin. Les gagnants ou parties gagnantes seront retravaillés.
Le développement : Comme pour l’idéation, le résultat de la phase de conception est présenté aux clients qui choisiront un ou 2 concepts à développer. Dans le cas de projets persos, je suis moi-même le client, et je choisis la solution la plus pertinente par rapport au brief initial.
Ensuite dans l’idéal, une modélisation 3D est faite. Cet outil sert surtout à finaliser les derniers petits détails et à réellement définir certaines formes plus difficiles à définir en 2D. Suite à cela, selon les paramètres du projet, une maquette est faite, voire un prototype fonctionnel pour ensuite obtenir le produit le plus proche possible de la demande du client.
Pour ce qui est des tendances, je dirais qu’il y a une part de recherche permanente. Le fait d’observer le comportement des gens dans la rue, les produits qui sortent dans les magasins. Internet et aussi une très grande source d’information !
Un projet s’organise entre quelques semaines à quelques mois suivant la demande. Et il n’est pas terminé tant qu’il n’est pas sorti par le client.
 "Pétale" projet personnel. Cherche industriel (2006)
Pour Pétale, ma recherche était beaucoup plus plastique. J’ai voulu créer une collection de couverts qui transpire la légèreté bien que faite dans un matériau lourd. J’ai utilisé comme inspiration l’image d’un pétale de rose emporté par le vent qui se serait posé sur un plan d’eau. Cela m'a guidé vers ses formes fluides et légères tout en gardant la praticité des couverts classiques.
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Quelle est votre approche de la conception, du design?Pour moi le design sert à réaliser des rêves, à améliorer la vie. Nous comblons les manques et les incapacités de notre corps en créant des outils. A tel point que pour pouvoir mieux se les approprier, nous les voulons à notre image (à moins que ce ne soit le contraire...)
Pour moi le design c’est un peu du « darwinisme » dans l’univers du produit. Ces produits suivent notre style de vie et il le guide aussi.
Le designer est une sorte de généticien fou qui n’aurait aucun problème d’éthique !
 "TUUIN", pour Suunto. montre cardio-fréquence-mètre (2007)
Nous avons tous d’autres choses à faire que de regarder des chiffres qui ne veulent rien dire pour nous indiquer la fréquence de battement de notre cœur pendant un effort. J’ai donc créé cette montre qui nous indique d’une manière claire et directe la gestion de notre effort pendant un jogging par exemple. De plus elle peut se porter avec un jogging et avec un très joli costard pour ne plus avoir besoin de 36 montres selon les circonstances…
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Vos objectifs à terme?Pour le moment j’aimerais découvrir d’autres visions du design, d’autres personnes, pouvoir confronter mon expérience et ma vision. Comme je le disais précédemment, j’aimerais travailler à l’étranger, au contact d’autres cultures.
Le métier de designer est autant altruiste qu’il est égoïste. Ainsi, j’aimerais pouvoir sortir dans la rue et voir mes produits utilisés, voir les utilisateurs se les approprier et peut être détourner leurs utilisations. Laisser vivre mes produits. C’est un peu comme un père qui voit ses enfants quitter le nid. Chacun prend sa propre voie, bonne ou mauvaise, certains réussiront et d’autres non.
A terme, je rêverais de contrôler tout le procès de mes produits, de l’idée à la commercialisation. Mais c’est un rêve un peu fou.
En tout cas, mon avenir se dessinera aux aléas de mes futures rencontres…
Pierre Duthoit