RSS, syndication | Infolettre | Annoncer sur Ob | Nous contacter |

[+]

home connexion actualités agenda forum annonces annuaire galerie liens
Portraits de designers : Bertrand Clerc, portrait du mois de novembre
Posté par admin le 8/11/2006 9:30:00

Bertrand Clerc, jeune designer de 25 ans nous accorde une interview privilégiée et rejoint les portraits Ob.

logo Bertrand Clerc

Sincère et avisé, Bertrand Clerc nous a séduit par ses réalisations et son discours.

.::L'interview::.

-Comment définiriez-vous la plastique de vos œuvres ?

"Plastique", "œuvres", les mots sont flatteurs mais il est vrai que j'accorde une importance particulière à l'esthétique dans mon travail.
Mon approche varie en fonction du projet, les objets que je conçois ne s'adressent jamais au même utilisateur. Mais certains traits sous-tendent mes travaux: j'essaie de mettre de la vie et du mouvement dans mes créations.
Cela peut se traduire conceptuellement, comme avec Leonardo Dining Table qui est une déformation plastique fossilisée d'un dîner d'amoureux.

Leonardo Dining, design Bertrand Clerc


Cela se traduira dans la forme dans la Série H pour laquelle j'ai recherché la dynamique du mouvement, un peu comme un drap au sol aspiré ou poussé par l'air.
Le masque de running que j'avais réalisé pour un concours Christian Dior est à mi-chemin entre la forme d'un sourcil féminin et la cinématique d'un pied en course.
Un de mes thèmes formels récurrents est une forme que l'on retrouve encore une fois dans le masque Dior Athletics puis aussi dans SérieH, Lamp02, le sofa Marilyn, etc.
N'ayant pas trouvé de nom, j'ai baptisé cette forme "Lévrier": un buste puissant devant, effilé vers l'arrière, propulsé par deux fines pattes arrières.
J'aime établir des liens avec l'univers formel de l'homme et celui de la nature.
Organique, dynamique, frais, aériennes, en mouvement, en glissement, vivantes, je fais souvent des paris risqués dans la plastique de mes créations. Je fais particulièrement confiance à mon intuition, j'essaie d'être sincère et spontané.
D'une manière générale j'attache une importance particulière à la dynamique de la forme.

Bertrand ClercBertrand ClercBertrand Clerc

logo Bertrand Clerc

Pélican
est certainement un des projets que j'affecte le plus pour sa simplicité:
un tissus élastique tendu sur une structure rigide se déforme pour accueillir l'utilisateur.
L'image de cette assise m'était apparue spontanément dans son concept technique et dans sa forme.
Deux statures différentes:
sculpture aérienne lorsqu'on la découvre,
elle surprend et prend tout son sens
lorsque l'utilisateur en prend possession.


Mes collaborations avec mon ami Olivier Grégoire ont porté leurs fruits, l'un d'entre eux a une dimension unique. Leonardo Dining Table est à la fois inerte et vivante, la matière pourtant solide semble avoir plié sous l'attirance mutuelle entre deux Êtres, véritable hymne à l'amour, elle fossilise cet instant d'intimité qu'est le repas d'amants.

Bertrand Clerc et Olivier Grégoire

Syd bench,
en collaboration avec Olivier Gregoire


-Quelles sont les dates et évènements clefs de votre parcours ?

Certaines personnes, des rencontres, des découvertes ont marqué mon parcours et beaucoup de personnes m'ont fait évoluer sans le savoir.
Un Bac S en poche, j'intègre Strate Collège en 2002, j'y aborde les fondements du design et on m'y inculque les bases dont j'avais besoin pour évoluer dans mon métier de façon pérenne.
Rapidement j'ai eu envie d'aller voir ailleurs pour enrichir mon approche et diversifier mes connaissances.
J'ai alors intégré l'ISD en 2004, l'année fut très riche, j'ai beaucoup évoluer à ce moment. Cette année a également marqué une première collaboration avec mon ami Olivier Grégoire.
En 2005 ce sont mes collègues de One & Co à San Francisco qui m'ont énormément apprit sur le plan professionnel, leurs compétences m'ont fait élevé en maturité. J'ai été amené à travailler pour des marques comme Microsoft ou Plantronics.
En 2006 c'est pour la plus grosse agence de design de Russie que j'ai travaillé, Studio Lebedev a été une expérience humaine particulièrement enrichissante. Cette agence est un paradis pour jeunes designers en mal d'expériences exotiques.
Je suis revenu en France il y a peu et je viens d'entamer un nouveau projet avec Olivier.

BaalbekBlok sofa, design Bertrand Clerc

Baalbeckblok sofa.
Une vision spontanée: j'ai dessiné ce sofa d'après mon intuition,
la forme m'est simplement venue.
Lorsque il a fallu lui donner un nom,
j'ai pensé que l'objet avait l'apparence d'un vestige de l'antiquité,
je me suis soudain rappelé de ce gigantesque bloc de pierre mystérieux
que j'avais vu à Baalbek lors d'un voyage au Liban.


-Quels sont vos référents ?
Mon premier référent est l'observation de notre environnement, l'analyse du comportement des gens au quotidien.
D'un point de vue design, Cédric Ragot m'a beaucoup inspiré ces deux dernières années, ses créations m'ont fait prendre conscience de beaucoup de choses quant à la charge émotionnelle des objets.
Après il y a tous les autres designers comme les frères Bouroullec que j'aime depuis quelques années maintenant, j'aime aussi énormément Patrick Jouin, Philippe Starck me surprend toujours autant.
Les sculpteurs Richard Deacon et Andy Goldsworthy sont une grande source d'inspiration formelle. J'ai récemment découvert le travail du sculpteur Tetsuo Harada qui est d'une grande richesse. Les œuvres de la céramiste Eva Hild sont uniques.
Je voue une admiration intime au œuvres de Mucha. L'art contemporain occupe une place croissante dans mon inspiration. Je m'inspire aussi beaucoup par les sciences, la nature, la musique, la science-fiction.

Marilyn, design Bertrand Clerc

Marilyn,
sofa


-Pourriez-vous nous donner des indicateurs sur votre activité au quotidien ? (Part créative, part commerciale, veille des tendances,…)

Je n'ai pas d'activité à proprement parler puisque je suis encore étudiant, elle varie selon mon statut. Je travaille parfois seul, je mène alors mon projet de bout en bout, du brief jusqu'à la maquette. Lorsque j'ai un projet avec Olivier, notre proximité nous permet de travailler efficacement ensemble, nous nous partageons les tâches avec une rigueur informelle.
Lorsque j'ai travaillé pour Studio Lebedev, j'étais directement intégré au sein de l'agence, avec les autres designers.
Je ne veille pas réellement sur les tendances mais je me cultive: je vais faire des expositions dès que j'en ai le temps, je me tiens au courant des actualités par la presse et via internet, je varie les sources et les sujets. Si la créativité est la capacité à établir des connexions improbables entre des univers différents, je me dis qu'il faut multiplier les références.
J'observe le monde depuis que je suis petit, je suis dans une optique d'analyse permanente des choses et lorsque l'on me confie un brief, j'ai souvent les notions nécessaires pour aborder le sujet et me laisser guider par mon intuition.

De manière générale, j'accorde beaucoup d'importance au processus créatif. Lors de cette phase, je m'imprègne du sujet mobilise 100% de mes ressources, je peux alors travailler des jours.
Toute autant que l'analyse, l'idéation influence majoritairement la qualité de la réponse finale, contrairement à la communication et la promotion du produit.
La promotion de mes projets occupe une place de plus en plus grande mais paradoxalement je me limite de plus en plus à l'essentiel. Là ou je passais une journée à élaborer une communication saturée en artifices de vente, il me faut désormais une heure pour choisir la bonne photo du produit et la laisser parler d'elle même dans une mise en page minimaliste.

J'entretiens aussi un peu chaque jour les relations que j'ai avec mes amis dans la profession, c'est pendant mon stage à San Francisco que j'ai intégré cette dimension non négligeable de notre métier.

Série H luminaire design Bertrand Clerc

Luminaire Série H


-Avez-vous des conseils à promulguer à vos confrères étudiants
et aux jeunes créateurs/designers ?


N'ayant pas encore un vécu suffisant, cela va être difficile...
Pour ma part j'essaie de garder plusieurs choses à l'esprit:
M'éloigner du design fonctionnaliste, beaucoup oublient que le confort n'est pas seulement physique, la dimension émotionnelle du produit devient importante de nos jours, les gens ont besoin d'amour, d'humour, de fantaisie, les objets doivent avoir une histoire à raconter.
Je suis arrivé dans le design en voulant changer le monde, cette idée ne m'a jamais quitté. Je reste persuadé que j'ai un rôle à jouer pour le monde de demain. Notre profession est également amenée à changer dans les années à venir, les rôles vont se diversifier, se spécialiser, notre statut va évoluer. Dans quelques années nous aurons un réel pouvoir dans l'entreprise.
J'aimerai que le design se politise de nouveau, comme ça a été le cas avec Archizoom et les autres mouvements de cette époque.
Bien que l'informatique me fascine pour les possibilités que cela permet, je trouve que certaines écoles en abusent. Je garde une simple idée à l'esprit: si l'informatique occupe 70% de mon apprentissage, il sera 70% de mon travail plus tard et inversement: si je mise à 80% sur le développement de ma réflexion, on m'embauchera pour mes idées.
Le designer n'est pas un exécutant.
Encore une fois, il me parait important d'observer, de réfléchir, de lire, de s'intéresser à tout: les arts, la technologie, etc.
Le designer est un réducteur: il doit ingurgiter la plus grande variété de connaissances puis les réduire pour les recompiler spontanément et intuitivement dans des solutions innovantes.

Le flacon de parfum OLe flacon de parfum "O" pour son caractère unisexe est intéressant, le sexe masculin et le sexe féminin cohabitent dans un même et unique objet. J'aime cet essai pour sa simplicité et sa pertinence.

-Quels sont vos objectifs à terme ?
Arrivé dans le design avec l'envie de changer le monde, cette volonté ne m'a pas quitté. Les gens ont besoin de fantaisie et d'expériences, je veux les surprendre, les faire rire, animer leur quotidien, et nourrir leurs fantasmes, ce sont là mes principaux objectifs.
Je ne manque pas de projets, j'aime voyager, expérimenter, apprendre, réfléchir, créer, entreprendre. Une chose est sûre, c'est que j'ai besoin de liberté et je travaille beaucoup pour ça. Si plus tard je dois monter ma structure, je le ferais.
Je veux surtout échanger avec des personnalités passionnées qui ont un regard d'ensemble sur la société et l'envie de faire évoluer les choses.
J'aimerai travailler avec des artistes contemporains, des écrivains de science-fiction, des sociologues, des philosophes, etc.

J'aimerais aussi que les gestionnaires apprécient notre profession à sa juste valeur, le designer perçoit une problématique de manière intuitive et globale, notre apport n'est pas négligeable et nous avons notre place auprès des décideurs, il revient à l'intelligence des grands chefs d'entreprise de savoir intégrer des designer à leur équipe ; c'est là qu'est l'intelligence et le progrès. J'aimerai faire changer les mentalités ce niveau.

Bertrand Clerc et Olivier Grégoire


.::Bertrand Clerc, le site::.

Printer Friendly Page Send this Story to a Friend Create a PDF from the article


View Adrien Korbut's profile on LinkedIn


Join My Community at MyBloglog!

Ob sur Facebook
Obdesigner :
E-zine sur les expressions du design : actualités, concours, portraits de designers, écoles de design, annuaires, espace de discussions, petites annonces,...
Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
RSS, syndication
Infolettre
Annoncer sur Ob
Nous contacter
Partenaires :
design et idées cadeaux . Truc design . Dicodunet . Culture.fr . sendhen . blog de fille

+ Ajouter aux favoris +